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forum Index du forum forumAnthologie des écrivains d'hier et d'aujourd'hui forumMes poèmes préférés, à travers le temps ...

Auteur : Sujet: Mes poèmes préférés, à travers le temps ...  Bas
 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 25/07/2005 22:45:17
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La poésie a embelli ma vie au cours des années, j'ai eu des coups de coeur nombreux pour des auteurs et des poèmes très divers, la plupart méconnus. Je suis aussi attirée par les «illustres» inconnus que par ceux qui ont eu la notoriété. Aussi ce sujet sera une bonne soupe de poèmes hétéroclites au fumet divin.

S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.
 Sbreccia
 Administrateur
 Messages postés : 701
 Sbreccia
  Posté le 25/07/2005 22:47:35
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Super  http://img95.imageshack.us/img95/2092/iconcool8dm.gif

Grand Sachem "Tortue qui s'évade à Cuba après des  années de travail harassantes."
 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 25/07/2005 23:01:14
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Gilles Vigneault est notre poète national au Québec. Il est âgé d'environ 75 ans et chante encore à l'occasion comme à notre fête nationale. J'aime ses poèmes, empreints de vie et de simplicité.

http://images.google.fr/images?q=tbn:xJYqBlAiKS8J:ecoleg.vigneault.free.fr/images/gillesv.JPG

AUTELS


Je suis devenu l'arbre
Sur lequel tu posas certain soir
Ton épaule fatiguée
Pour que ses feuilles à venir
Fassent un peu le bruit de ta voix jeune
Quand passera le vent


Je suis devenu l'eau
Où tu laissas tomber
Un jour d'automne au mois de mai
Ton visage si beau
Que l'eau s'est arrêtée
Un court instant je me souviens


Je suis devenu l'ombre
Que le soleil a fait de toi
Ce jour d'été que je savais passé
Avant que de le vivre
Où le soleil se pose
Et brûle d'or ta peau heureuse


Je suis le réverbère
A qui ton oeil accroche
Un regard de tendresse
Couleur de désespoir


Je suis l'air pour ta vie
Le chemin pour ton pied
Et le fruit pour tes dents
Et le mot pour tes lèvres


Et s'il est un monde
Avec une autre Vie
Au bout de cette Mort
A petites journées
Je veux être le Corps
Pour ton Âme...


Gilles Vigneault

S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.
 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 25/07/2005 23:11:53
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Gilles Hénault (1920-1996)est un de nos poètes québécois. Il y a plusieurs années, j'ai eu un coup de coeur pour ce poème.
http://images.google.fr/images?q=tbn:f1V2Xy0zQTQJ:bilan.usherbrooke.ca/voutes/voute3/auteurs/Henault_Gilles.jpg

BESTIAIRE

Un seul cri,
grogner, chuinter, miauler, bêler,
aboyer, hennir, glapir, siffler, rugir,
un seul cri
suffit à l'animal, un seul cri viscéral,
une seule expression de tout son être, un
seul cri qu'il module selon les méandres
de son instinct, les frissons de son poil,
l'intensité de sa rage, les fêlures de ses
images biologiques, le tremblement de
sa peur,
un seul cri
et son peuple dresse l'oreille, les ailes
s'affolent, les échines se cabrent, les galops
battent le tambour des plaines, les courses
font flèche de tout bois, les paniques
moutonnent vers les précipices,
un seul cri
et c'est l'appel au combat des mâles agglomérés
par l'aimant du rut, c'est l'orientation
vers les sources qui luisent déjà aux naseaux des chefs de files,
c'est l'acheminement millénaire vers le cimetière
où l'éléphant lance le barissement final.


Mais nous sommes aphones.


Il faudrait trouver le cri qui rallie toutes
les angoisses, qui exprime toutes les joies,
qui fasse enfin communiquer l'homme avec l'homme
par les entrailles de ses plus secrètes convoitises.


La parole articulée sèche à mesure qu'elle étend
ses rameaux.


Trop d'arabesques nous trompent sur le sens caché
des mots, trop de fleurs de rhétorique tressent
des couronnes artificielles aux plus dévêtus sentiments.


Il me faut la parole nue


Il me faut des mots comme des balles et
des cris purs qui transpercent. La poésie
cherche à bercer l'âme, alors qu'elle devrait
pétrir les choses, faire entendre au-dessus
des cacophonies religieuses, philosophique, morales
et politiques le cri nu de l'homme qui affirme
son existence singulière et grégaire


Ah que choient enfin les fruits pourris du
désespoir; que se blessent aux plus dures épines les
enchantements factices; que s'affolent les idées
fixes aux lointains sidéraux de nos crânes; que
s'apprivoisent les cataclysmes; que la joie nous
éclabousse de son sang, même s'il faut qu'elle
en meure.


On n'a pas fini d'inventorier le monde,
et je me fous du vent de l'Esprit quand
soufflent sur ma face les vraies tourmentes
minérales qui font crisser entre mes dents
les Sahara et les Gobi, quand je reçois
l'énorme soufflet d'algues et de sel des
tempêtes marines, ô larmes noyées dans les
ressacs à l'abordage des navires de haut bord.
Toute la mer se mutine et fait claquer le
drapeau gelé des glaces polaires. Les
mouvements de l'âme sont des mouvements
de lames. Et si je sens soudain l'étendue
m'envahir, mes veines se confondre aux fleuves
du monde, c'est que mon corps est marée, c'est
que je baigne dans la lymphe universelle, c'est
que les fibres de mon être sont immergées dans
l'écoulement du temps physique et que je suis poreux.


Je veux lever toutes les défenses, brûler
tous les interdits, dévêtir tous ceux qui
se parent d'ornements de mages et qui
vaticinent depuis des siècles sous prétexte
qu'ils ont un plumage multicolore.


Je veux rogner tous les dieux, demi-dieux
et quarts-de-dieux jusqu'à ce qu'il
n'en reste plus qu'un petit tas de scories.


Je veux que ma colère se transforme en
pierres sous mes paumes.


Gilles Hénault

                           

S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.
 régine
 Modérateur
 Messages postés : 780
 Mocassin
 régine
  Posté le 25/07/2005 23:18:47
Send a private message to régine
je ne connaissais pas ce texte de Hénault, Capucine... mille fois merci !
car il décrit si bien tant et tant ce... merci !

Régine
http://regine.fernandez.free.fr/forum/gif020.gif
http://reginelle.over-blog.com/
 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 25/07/2005 23:36:12
Send a private message to Capucine
Louise Gareau-DesBois est une illustre inconnue, ou presque. J'ai découvert son modeste receuil de poèmes, publié à compte d'auteur, sur la dernière tablette d'une bibliothèque, où se trouvaient les auteurs non connus. D'elle, je n'ai pas de photo, c'est une mère de famille bien simple mais ses vers libres si passionnés m'ont charmée.


LE MAL DE TOI

Je me suis allongée dans ton souvenir
Comme feuille morte glissant sur l'eau,
Et femme insensée, tentai de recréer
Moments passagers et brefs espaces
Où nos deux vies aveugles se sont frôlées...


Je suis semblable à l'oiseau, l'hiver,
Qui cherche en vain dans le fruit desséché,
Sur l'arbre,
Un peu du soleil qui, hier encore
L'avait fait mûrir...


Et je mords, et je grignote
Des parcelles de toi,
Mais toujours tu m'échappes
Et je reste seule avec, dans la bouche,
Un goût amer, un goût d'hiver...


Je voudrais avoir de toi goût véritable,
Et saveur d'homme
Et mal aux entrailles
Et chair accomplie
Et cri de vie.


Mais toujours je promènerai
Mal de toi
Qui serai fait
De moi sans toi,
De moi avec, ici et là, de brefs moments de toi...


Louise Gareau-DesBois



TES MAINS

Tes mains ont effacé sur moi toute caresse
Et ont créé avec sable mouvant
Ce que pierre taillée n'avait su achever...


Tes mains ont creusé dedans ma chair
Fougère sauvage et fleurs inconnues,
Coquillage entr'ouvert et ressac infini...


Puis tes mains se sont embarquées
Sur un immense vaisseau
Qui s'en alla couler au large de l'île...


Ce jour-là, moi aussi j'ai sombré.


Louise Gareau-DesBois




POURQUOI ?...


Pourquoi parles-tu si bien
De l'amour
Mais t'en moques-tu
Quand il est là devant toi,
Ni rampant, ni humble
Mais fier et droit
Et exigeant,
De source première,
Comme l'arbre
Sous le soleil
En appel d'eau.


Je t'appelle, source première
Amour que j'ai peur de nommer
Force indicible
Qui creuse mes reins
Et habite mes hanches
De désirs lianes
De caresses forêts...


Louise Gareau-DesBois





S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.
 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 28/07/2005 02:28:47
Send a private message to Capucine

J'aime Nelligan depuis mon adolescence. Le Vaisseau d'or a toujours été mon préféré.

http://images.google.fr/images?q=tbn:3MpouYBjGRoJ:www.dialogus2.org/IMAGES/nelligan.jpg

LE VAISSEAU D'OR

Ce fut un grand vaisseau taillé dans l'or massif:
Ses mâts touchaient l'azur sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputé.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté ?
Hélas ! il a sombré dans l'abîme du Rêve !  


Émile Nelligan
(1879-1941)

S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.
 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 28/07/2005 02:37:57
Send a private message to Capucine

Parmi tant d'autres de Lamartine, j'ai choisi ce poème :

http://images.google.fr/images?q=tbn:Q0cbFWTZXLAJ:www.academie-francaise.fr/images/immortels/portraits/lamartine.jpg

LE PAPILLON

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté !
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté !

Lamartine
(1790-1869)

S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.
 Sbreccia
 Administrateur
 Messages postés : 701
 Sbreccia
  Posté le 28/07/2005 08:46:46
Send a private message to Sbreccia
Merci pour ces poemes Capucine, continues.. http://img95.imageshack.us/img95/2525/iconbiggrin4zz.gif

Grand Sachem "Tortue qui s'évade à Cuba après des  années de travail harassantes."
 porapex
 Messages postés : 14
 papoose à patinette
 porapex
  Posté le 29/07/2005 15:41:53
Send a private message to porapex
Superbe, tu m'avais déjà fait connaître Louise Gareau-DesBois et j'en étais enchantée et là je découvre Emile nelligan, exellent merci Capucine.

 Capucine
 Messages postés : 101
 papoose à moto
 Capucine
  Posté le 05/08/2005 05:12:21
Send a private message to Capucine

Poèmes d'un vieux loup de mer, Belge d'origine, venu s'installer aux îles de la Madeleine dans la trentaine. Il y est resté 30 ans et y est mort, ainsi qu'il le désirait. Ses poèmes chantent la mer, les effluves salées, l'air du grand large. Je n'ai malheureusement pas trouvé de photo, malgré toutes mes recherches.

ESCALE

J'arrive en ville
Les yeux tout embués de mer
Avec mon sac de marin plein
De houleux souvenirs salins
J'arrive et à l'horizon
Se cabrent
Murs de béton, de verre, d'acier,
Buildings, tours, gratte-ciel
Au fond des gorges abyssales
J'ai le vertige du vertical

J'arrive en ville
Et il y a des lambeaux de glace
Accrochés aux corniches,
Les arbres ploient sous le verglas
Que le vent casse
Et précipite en cataractes
De tintinnabulants éclats

J'arrive en ville,
J'ai en mémoire
Des odeurs de varech
Et des images de chalutier
Qui dansent au bout de leurs amarres

La ville est là,
Sentant le soufre et le mazout,
Noire et grise,
Je suis déjà prisonnier de ses murs;
Elle me prend
Dans ses tentacules d'artères

Je l'étudie comme un boxeur
Étudie la garde de son adversaire

La ville:
Je n'y séjourne jamais
Que le temps
De reprendre le large


Pol Chantraine


ÉPREUVE DE FORCE

La tempête a couché les foins
Comme on se fait baisser le bras
En tirant au poignet

Les dernières marguerites
La corolle retournée
Comme des parapluies
Perdent leurs pétales
Comme des chapeaux

Les vaches immobiles
Meuglent le dos tourné
Au lit du vent

Il fait gris et froid
La brume épaisse dévore l'horizon

Et de loin
Mêlée
Aux intonations des rafales
Dans les sapins
Parvient la sourde déflagration
Des houles dans les falaises

C'est une de ces journées du début d'août
Qui donne l'impression
Que l'été déjà nous abandonne


Pol Chantraine


SUR LA PLAGE

Fin septembre
Du bois flotté, sable mouillé
Les grandes marées d'automne
Se pourlèchent d'écume
Jusqu'au pied des dunes

Les vagues craquent et se déchirent
La mer brille comme un plateau de cuivre
Dans les haillons de lumière tombée
Par les trous des nuages

Et plus personne
Le vent chasse les souvenirs d'été
Et les cris des mouettes


Pol Chantraine


INSTANTANÉS (extrait)

J'ai à l'oeil le lyrisme d'une corde à linge
aux suspensions multicolores de famille nombreuse
flottant au paysage immense de la mer
noyée entre deux horizons

Le vent joue des arpèges de vert
dans les hautes herbes
et m'enveloppe de chaleurs salines

Du sable moite
montent des vapeurs dorées
où danse le mirage d'une paix sans limite


Pol Chantraine

S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever.

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