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| Auteur : | Sujet: Mes poèmes préférés, à travers le temps ... | Bas |
| Sbreccia Administrateur Messages postés : 701 ![]() |
Super | |||
| Grand Sachem "Tortue qui s'évade à Cuba après des années de travail harassantes." |
| Capucine Messages postés : 101 papoose à moto ![]() |
Gilles Vigneault est notre poète national au Québec. Il est âgé d'environ 75 ans et chante encore à l'occasion comme à notre fête nationale. J'aime ses poèmes, empreints de vie et de simplicité. AUTELS Je suis devenu l'arbre Sur lequel tu posas certain soir Ton épaule fatiguée Pour que ses feuilles à venir Fassent un peu le bruit de ta voix jeune Quand passera le vent Je suis devenu l'eau Où tu laissas tomber Un jour d'automne au mois de mai Ton visage si beau Que l'eau s'est arrêtée Un court instant je me souviens Je suis devenu l'ombre Que le soleil a fait de toi Ce jour d'été que je savais passé Avant que de le vivre Où le soleil se pose Et brûle d'or ta peau heureuse Je suis le réverbère A qui ton oeil accroche Un regard de tendresse Couleur de désespoir Je suis l'air pour ta vie Le chemin pour ton pied Et le fruit pour tes dents Et le mot pour tes lèvres Et s'il est un monde Avec une autre Vie Au bout de cette Mort A petites journées Je veux être le Corps Pour ton Âme... Gilles Vigneault | |||
| S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever. |
| Capucine Messages postés : 101 papoose à moto ![]() |
Gilles Hénault (1920-1996)est un de nos poètes québécois. Il y a plusieurs années, j'ai eu un coup de coeur pour ce poème. ![]() BESTIAIRE Un seul cri, grogner, chuinter, miauler, bêler, aboyer, hennir, glapir, siffler, rugir, un seul cri suffit à l'animal, un seul cri viscéral, une seule expression de tout son être, un seul cri qu'il module selon les méandres de son instinct, les frissons de son poil, l'intensité de sa rage, les fêlures de ses images biologiques, le tremblement de sa peur, un seul cri et son peuple dresse l'oreille, les ailes s'affolent, les échines se cabrent, les galops battent le tambour des plaines, les courses font flèche de tout bois, les paniques moutonnent vers les précipices, un seul cri et c'est l'appel au combat des mâles agglomérés par l'aimant du rut, c'est l'orientation vers les sources qui luisent déjà aux naseaux des chefs de files, c'est l'acheminement millénaire vers le cimetière où l'éléphant lance le barissement final. Mais nous sommes aphones. Il faudrait trouver le cri qui rallie toutes les angoisses, qui exprime toutes les joies, qui fasse enfin communiquer l'homme avec l'homme par les entrailles de ses plus secrètes convoitises. La parole articulée sèche à mesure qu'elle étend ses rameaux. Trop d'arabesques nous trompent sur le sens caché des mots, trop de fleurs de rhétorique tressent des couronnes artificielles aux plus dévêtus sentiments. Il me faut la parole nue Il me faut des mots comme des balles et des cris purs qui transpercent. La poésie cherche à bercer l'âme, alors qu'elle devrait pétrir les choses, faire entendre au-dessus des cacophonies religieuses, philosophique, morales et politiques le cri nu de l'homme qui affirme son existence singulière et grégaire Ah que choient enfin les fruits pourris du désespoir; que se blessent aux plus dures épines les enchantements factices; que s'affolent les idées fixes aux lointains sidéraux de nos crânes; que s'apprivoisent les cataclysmes; que la joie nous éclabousse de son sang, même s'il faut qu'elle en meure. On n'a pas fini d'inventorier le monde, et je me fous du vent de l'Esprit quand soufflent sur ma face les vraies tourmentes minérales qui font crisser entre mes dents les Sahara et les Gobi, quand je reçois l'énorme soufflet d'algues et de sel des tempêtes marines, ô larmes noyées dans les ressacs à l'abordage des navires de haut bord. Toute la mer se mutine et fait claquer le drapeau gelé des glaces polaires. Les mouvements de l'âme sont des mouvements de lames. Et si je sens soudain l'étendue m'envahir, mes veines se confondre aux fleuves du monde, c'est que mon corps est marée, c'est que je baigne dans la lymphe universelle, c'est que les fibres de mon être sont immergées dans l'écoulement du temps physique et que je suis poreux. Je veux lever toutes les défenses, brûler tous les interdits, dévêtir tous ceux qui se parent d'ornements de mages et qui vaticinent depuis des siècles sous prétexte qu'ils ont un plumage multicolore. Je veux rogner tous les dieux, demi-dieux et quarts-de-dieux jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un petit tas de scories. Je veux que ma colère se transforme en pierres sous mes paumes. Gilles Hénault | |||
| S'incliner devant l'amour véritable, c'est choisir de se relever. |
| régine Modérateur Messages postés : 780 Mocassin |
je ne connaissais pas ce texte de Hénault, Capucine... mille fois merci ! car il décrit si bien tant et tant ce... merci ! | |||
Régine![]() http://reginelle.over-blog.com/ |
| Capucine Messages postés : 101 papoose à moto ![]() |
Louise Gareau-DesBois est une illustre inconnue, ou presque. J'ai découvert son modeste receuil de poèmes, publié à compte d'auteur, sur la dernière tablette d'une bibliothèque, où se trouvaient les auteurs non connus. D'elle, je n'ai pas de photo, c'est une mère de famille bien simple mais ses vers libres si passionnés m'ont charmée. LE MAL DE TOI Je me suis allongée dans ton souvenir Comme feuille morte glissant sur l'eau, Et femme insensée, tentai de recréer Moments passagers et brefs espaces Où nos deux vies aveugles se sont frôlées... Je suis semblable à l'oiseau, l'hiver, Qui cherche en vain dans le fruit desséché, Sur l'arbre, Un peu du soleil qui, hier encore L'avait fait mûrir... Et je mords, et je grignote Des parcelles de toi, Mais toujours tu m'échappes Et je reste seule avec, dans la bouche, Un goût amer, un goût d'hiver... Je voudrais avoir de toi goût véritable, Et saveur d'homme Et mal aux entrailles Et chair accomplie Et cri de vie. Mais toujours je promènerai Mal de toi Qui serai fait De moi sans toi, De moi avec, ici et là, de brefs moments de toi... Louise Gareau-DesBois TES MAINS Tes mains ont effacé sur moi toute caresse Et ont créé avec sable mouvant Ce que pierre taillée n'avait su achever... Tes mains ont creusé dedans ma chair Fougère sauvage et fleurs inconnues, Coquillage entr'ouvert et ressac infini... Puis tes mains se sont embarquées Sur un immense vaisseau Qui s'en alla couler au large de l'île... Ce jour-là, moi aussi j'ai sombré. Louise Gareau-DesBois POURQUOI ?... Pourquoi parles-tu si bien De l'amour Mais t'en moques-tu Quand il est là devant toi, Ni rampant, ni humble Mais fier et droit Et exigeant, De source première, Comme l'arbre Sous le soleil En appel d'eau. Je t'appelle, source première Amour que j'ai peur de nommer Force indicible Qui creuse mes reins Et habite mes hanches De désirs lianes De caresses forêts... Louise Gareau-DesBois | |||
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| Capucine Messages postés : 101 papoose à moto ![]() |
J'aime Nelligan depuis mon adolescence. Le Vaisseau d'or a toujours été mon préféré. ![]() LE VAISSEAU D'OR Ce fut un grand vaisseau taillé dans l'or massif: Ses mâts touchaient l'azur sur des mers inconnues; La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues, S'étalait à sa proue, au soleil excessif. Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène Aux profondeurs du gouffre, immuable cercueil. Ce fut un Vaisseau d'or, dont les flancs diaphanes Révélaient des trésors que les marins profanes, Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputé. Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ? Qu'est devenu mon coeur, navire déserté ? Hélas ! il a sombré dans l'abîme du Rêve ! Émile Nelligan (1879-1941) | |||
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| Capucine Messages postés : 101 papoose à moto ![]() |
Parmi tant d'autres de Lamartine, j'ai choisi ce poème : ![]() LE PAPILLON Naître avec le printemps, mourir avec les roses, Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur, Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses, S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur, Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes, S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles, Voilà du papillon le destin enchanté ! Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose, Et sans se satisfaire, effleurant toute chose, Retourne enfin au ciel chercher la volupté ! Lamartine (1790-1869) | |||
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| Sbreccia Administrateur Messages postés : 701 ![]() |
Merci pour ces poemes Capucine, continues.. | |||
| Grand Sachem "Tortue qui s'évade à Cuba après des années de travail harassantes." |
| porapex Messages postés : 14 papoose à patinette ![]() |
Superbe, tu m'avais déjà fait connaître Louise Gareau-DesBois et j'en étais enchantée et là je découvre Emile nelligan, exellent merci Capucine. |
| Capucine Messages postés : 101 papoose à moto ![]() |
Poèmes d'un vieux loup de mer, Belge d'origine, venu s'installer aux îles de la Madeleine dans la trentaine. Il y est resté 30 ans et y est mort, ainsi qu'il le désirait. Ses poèmes chantent la mer, les effluves salées, l'air du grand large. Je n'ai malheureusement pas trouvé de photo, malgré toutes mes recherches. ESCALE J'arrive en ville Les yeux tout embués de mer Avec mon sac de marin plein De houleux souvenirs salins J'arrive et à l'horizon Se cabrent Murs de béton, de verre, d'acier, Buildings, tours, gratte-ciel Au fond des gorges abyssales J'ai le vertige du vertical J'arrive en ville Et il y a des lambeaux de glace Accrochés aux corniches, Les arbres ploient sous le verglas Que le vent casse Et précipite en cataractes De tintinnabulants éclats J'arrive en ville, J'ai en mémoire Des odeurs de varech Et des images de chalutier Qui dansent au bout de leurs amarres La ville est là, Sentant le soufre et le mazout, Noire et grise, Je suis déjà prisonnier de ses murs; Elle me prend Dans ses tentacules d'artères Je l'étudie comme un boxeur Étudie la garde de son adversaire La ville: Je n'y séjourne jamais Que le temps De reprendre le large Pol Chantraine ÉPREUVE DE FORCE La tempête a couché les foins Comme on se fait baisser le bras En tirant au poignet Les dernières marguerites La corolle retournée Comme des parapluies Perdent leurs pétales Comme des chapeaux Les vaches immobiles Meuglent le dos tourné Au lit du vent Il fait gris et froid La brume épaisse dévore l'horizon Et de loin Mêlée Aux intonations des rafales Dans les sapins Parvient la sourde déflagration Des houles dans les falaises C'est une de ces journées du début d'août Qui donne l'impression Que l'été déjà nous abandonne Pol Chantraine SUR LA PLAGE Fin septembre Du bois flotté, sable mouillé Les grandes marées d'automne Se pourlèchent d'écume Jusqu'au pied des dunes Les vagues craquent et se déchirent La mer brille comme un plateau de cuivre Dans les haillons de lumière tombée Par les trous des nuages Et plus personne Le vent chasse les souvenirs d'été Et les cris des mouettes Pol Chantraine INSTANTANÉS (extrait) J'ai à l'oeil le lyrisme d'une corde à linge aux suspensions multicolores de famille nombreuse flottant au paysage immense de la mer noyée entre deux horizons Le vent joue des arpèges de vert dans les hautes herbes et m'enveloppe de chaleurs salines Du sable moite montent des vapeurs dorées où danse le mirage d'une paix sans limite Pol Chantraine | |||
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